Non, l’alternance n’est pas le remède au chômage des jeunes

Vous pourrez le constater en parcourant mon profil LinkedIn, je suis un abonné à l’alternance. Je terminerai en 2011 un parcours d’apprenti qui aura duré 6 ans. J’ai suivi ce mode de formation pour un DUT, une licence professionnelle et aujourd’hui une école d’ingénieur. En tant qu’élève impliqué car délégué dans 2 de ces formations, je pense pouvoir juger pertinemment de ce qui est prôné comme la solution miracle au problème du chômage des jeunes. Les imperfections sont multiples et peuvent être classées en fonction des acteurs de l’apprentissage : les apprentis, les entreprises et le marché de l’emploi.

Les apprentis :

Les pour :

– Une  rémunération (de 550 euros à 1048+)
Le code du travail oblige une rémunération minimale en fonction de différents critères. Les conventions collectives sont très inégales et des salaires à plus de 1500 euros/mois ne sont pas rares quand certains (répondant aux mêmes critères) en gagnent 500 de moins.
– Un apprentissage de la vie

Les contres :

– Un temps de loisir fortement réduit (pourtant essentiel)
– Un stress supplémentaire prématuré
L’apprenti qui s’investit grandement dans son entreprise sera d’autant plus compétent à la fin de son contrat. Pas facile lorsque l’on débute de choisir entre une prise de responsabilités valorisante et instructive et sa sérénité.

Les discutables :

– Une formation professionnalisante
Certains auront la chance d’intégrer des services qui ont une vraie politique d’accueil de l’apprenti : la philosophie du donnant-donnant est réellement appliquée. D’autres seront intégrés de la même manière que les employés classiques à des postes peu valorisants, parfois digne du porteur de café. Pour s’en rendre compte, il suffit de constater la mobilité des apprentis intra ou inter entreprises ou encore de recueillir des témoignages (vaste débat…).

– D’un point de vue financier, c’est souvent un double logement
Les chanceux peuvent trouver un logement dans la même ville que leur établissement de formation. Les très chanceux habiteront même chez leur parents. Pour la majorité, c’est un double logement.
Rare sont les entreprises qui assument le logement de leurs apprentis ou leurs frais de déplacements. En DUT, France Télécom nous avait assurée cette prise en charge, il a fallu batailler plus d’un an pour voir cette annonce (faite pendant un entretien d’embauche collectif) se concrétiser.

– Un décrochage scolaire
Il n’est pas rare que des étudiants décrochent leur diplôme grâce à leurs notes d’entreprise. On peut l’expliquer par un manque de capacités mais aussi et surtout, par une trop forte implication dans son métier au détriment des cours. Les écoles ne se le cachent pas (pas toutes), il existe une tolérance vis-à-vis de cette population lors des corrections d’examens et des jurys.

L’entreprise :

Les pour :

– Une main d’oeuvre pas chère grâce aux exonérations de charges patronales
– Une main d’oeuvre motivée
L’obtention d’un diplôme en apprentissage est fortement conditionnée par la note attribuée par l’entreprise (non négligeable puisqu’elle prend part à environ 20%).
Le jeune,  apporte un renouveau à l’entreprise grâce à ses connaissances toutes fraîches et sa fougue naturelle.
– Un dynamisme

Les contres :

– Un aménagement complexe des emplois du temps des équipes
Il faut prendre en compte les périodes de formations dans la planification d’un projet porté par l’apprenti ou sur lequel il travaille.
– Une formation préalable qui peut induire un temps conséquent consacré à l’apprenti
Selon l’expérience de l’apprenti (et de l’entreprise) et la complexité de la formation, il faudra parfois compter jusqu’à 6 mois d’immersion pour obtenir une productivité correcte du petit nouveau.
– Des exonérations de charges signifient une amputation du budget social de l’état

Les discutables :
– Canaliser le jeune
Les plus jeunes d’entre nous ont 16 ans, ce n’est pas toujours facile d’assurer un rôle qui dépasse celui du simple patron. C’est aussi une belle expérience, dixit mon papa agriculteur.

Le marché du travail :

Les pour :

– Une insertion facilitée
– Les offres qui stipulent un besoin d’expérience peuvent être tentées

Les contres :

– Un poste qui pourrait se contractualiser sous formes de CDD ou de CDI restera réservé aux contrats d’apprentissages
Comme pour le CDD et l’intérim qui grappient des signatures de CDI (insee), le contrat d’apprentissage se pose en concurrent des contrats classiques. Il n’est pas rare de trouver des entreprises qui en abusent et d’autres, par défaut de moyens, qui ne peuvent qu’engager des apprentis.

Les discutables :

– Des débouchés bouchées
Le secteur qui illustre le mieux cette situation est celui du commerce. Ce n’est peut-être pas le meilleur exemple mais comme un grand nombre d’école existent, beaucoup de diplômés en sortent et on en connait tous qui sont vendeur chez Carrefour… L’apprentissage est pour ces écoles (souvent privées) un bon moyen de recruter des étudiants peu fortunés. La formation est un business qui ne fait pas toujours dans le développement durable et qui est aussi soumis à des obligations de rentabilité.

Cher technocrates et autres politiques, avant de faire de ce mode de formation votre navire amiral de l’éducation nationale, pesez en vous aussi les pours et les contres. En 5 ans, j’ai plutôt constaté des dégradations. Enfin, avec vos nouvelles politiques de réformes et de restrictions budgétaires, permettez moi de douter de la pertinence de cette promotion.

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5 thoughts on “Non, l’alternance n’est pas le remède au chômage des jeunes

  1. Julien

    Hello!

    Je trouve ton billet plutôt négatif.

    Je pense que tu généralise un peu trop des cas particuliers. A te lire, une grande proportion des étudiants valident leurs années a coups de notes d’entreprises. Je pense que c’est exagéré et que tu dévalorise un peu trop l’aspect niveau académique des apprentis. Comme tu dis, on ne sait pas quelle visibilité aura ton article, surtout qu’on a pu voir a TL1 que les exigences avaient fortement augmentés.

    Ensuite il faut voir que ce qui bloque l’accès a l’emploi des jeunes vient du fait que les employeurs demandent 5ans d’expérience aux jeunes diplômés. L’apprentissage est le meilleur moyen de pallier au problème.

    Les apprentis ne prennent pas forcément le travail d’autres personnes. L’objectif de l’apprentissage reste théoriquement l’acquisition Dun savoir professionnel, et l’évolution en compétences, les apprentis ont donc des postes qui évoluent. Ils prennent donc rarement des postes pouvant revenir a des cdi qui doivent être formés et que l’entreprise va chercher a garder. C’est comme dire que l’on créé des emplois pas l’interim, dans 6 mois on en prend un autre.

    Enfin tu parles de débouchées bouchées. Mais c’est plutôt un constat a appliquer aux études en générales. Que l’on fasse de l’apprentissage ou non, si on va dans une mauvaise école ou qu’on se lance dans des études sans débouchées on aura rien au final, école de commerce ou d’ingenieur d’ailleurs. 

    Je tombe quand Meme en partie en accord avec toi au final, l’apprentissage n’est pas LA SOLUTION, mais peut aider a améliorer les choses. Il faudrait d’abord faire le ménage dans les formations, les recredibiliser et les rapprocher du monde professionnel (surtout les profs du secondaire).

    Sinon pour l’initiative et pour le reste je suis plutôt d’accord avec toi. 🙂

    Reply
  2. JB

    Je suis assez d’accord avec Julien sur la négativité de ton billet, Mathieu.

    Je n’ai jamais vu l’alternance comme une mauvaise chose en soit. Par contre je le considère en tant que tel : ça doit servir à former et non pas de main d’œuvre pas chère.

    Et sur ce point je te rejoins, c’est en effet, bien qu’il soit difficile d’être général là dessus, souvent le cas ; pas de thunes pour payer un CDD/CDI pour un poste “peu” qualifié, et l’alternance s’impose. J’ai pu le voir notamment pour moi.

    Par contre, c’est un avantage si l’apprenti est capable de se sortir les doigts du cul, sinon il décrochera.

    Quant au stress et au manque de temps, je ne peux pas réellement témoigner dans un sens ou dans l’autre, vue la particularité de l’emploi du temps que j’ai eu en alternance (travail de nuit, WE, etc), bref je ne l’ai pas vraiment ressenti. Par contre j’aurais certainement eu plus de mal à être en cours “classiques”.

    Disons qu’il ne faut pas être apprenti pour gagner des thunes, mais surtout parce que tu as la maturité suffisante et que tu veux te bouger autrement qu’en cours et en stage. Si c’est pas le cas, c’est le plantage assuré (et j’en ai vu pas mal)

    Reply
  3. Simon

    Salut Matthieu,

    Ton article est très intéressant et je te rejoins sur de nombreux points sauf sur ta conclusion.

    D’abord, je pense que tu aurais pu ajouter dans les points positifs: l’acquisition d’un “carnet d’adresse”.En effet l’immersion dans la vie professionnelle nous amène à faire des rencontres en internes de l’entreprise même, ou à l’extérieur avec les fournisseurs, sous traitants ou même clients. Ce carnet d’adresse peut se révéler utile pour trouver un job à la sortie de l’école ou au cours de ta carrière… Surtout que l’on sait tous que la majorité des embauches se fait par “relation” plutôt que par le cursus d’embauche “petite annonces” etc.

    Tu aurais également pu évoquer les aspects aides sociales et fiscales très avantageuses pour nous: APL à taux plein, aucune charge (salaire brut = salaire net), non imposable, accès à tous les avantages “étudiants”.

    D’autre part, tu évoques ceci:
    “Certains auront la chance d’intégrer des services qui ont une vraie politique d’accueil de l’apprenti : la philosophie du donnant-donnant est réellement appliquée. D’autres seront intégrés de la même manière que les employés classiques à des postes peu valorisants, parfois digne du porteur de café. ”
    “Il n’est pas rare de trouver des entreprises qui en abusent et d’autres, par défaut de moyens, qui ne peuvent qu’engager des apprentis.”

    Le contrat d’apprentissage comme son nom l’indique est un “contrat” entre l’entreprise et l’apprenti. Il y a donc des engagements à respecter pour les 2 parties. L’apprenti doit s’investir dans son travail en entreprise et chercher à justifier quelquepart son coût. L’entreprise quant à elle s’est engagée à mettre en oeuvre les moyens nécessaires pour faire monter en compétence l’apprenti, en aucun cas elle n’a le droit de l’utiliser comme un employé classique sans la finalité de penser à son évolution.
    On comprend tous qu’une entreprise est soucieuse de sa rentabilité et va chercher à tirer profit de l’apprenti, c’est logique. Et c’est le jeu je dirais. Par contre pour peser dans la balance, il faut que de l’autre côté l’école défende l’intérêt de la montée en compétence. Ce n’est pas à l’apprenti de le faire, il pourrait se mettre dans une situation délicate avec son entreprise. La personne la mieux placée pour cela est le “Tuteur école”. C’est à lui que revient cette fonction de représenter l’école.
    Pour moi si nous trouvons autour de nous des entreprises abusant des apprentis il s’agit d’abord d’un mauvais encadrement des élèves par les écoles en général. Le manquement est là.
    Pourtant les engagements sont clairement définis dans le contrat. Il s’agit d’un problème d’application et de respect de ces engagements.
    Le problème n’est donc pas la question de l’apprentissage. Nous avons vu tous les avantages qu’il procure à l’apprenti. Mais plutôt d’éviter les abus et dérives.
    Je ne te rejoins donc pas quand tu conclues en critiquant la politique actuelle de promotion de l’apprentissage. L’apprentissage est le parfait compromis entre le monde “scolaire et théorique” et le monde professionnel, c’est pour moi la meilleure solution à l’avenir pour réduire le chômage des jeunes. Il s’agit seulement d’en éviter les dérives en l’encadrant un peu mieux.

    Voilou,
    A+
    Simon

    Reply
  4. christophe

    Petit commentaire sur l’encadrement de l’apprenti par l’école, pour ma
    part cette fonction a très bien été rempli, ma tutrice s’est
    complètement impliquée dans les “conflits” que j’ai pu rencontrer avec
    mon ancienne entreprise et a très bien supervisé mon changement
    d’entreprise en 3ème année.

    J’en conclurais donc que cet aspect dépend de l’individu chargé du
    tutorat par l’école plus que par l’école elle-même.

    Un point positif à l’apprentissage qui n’a pas forcément été
    illustré : sans ce type de formule, je n’aurais jamais suivi d’études
    supérieures car je ne pourrais pas financer des études classiques en
    travaillant dans des petits boulots tels que ceux que j’ai fait avant
    d’entrer dans ce cursus.

    Bon vent à tous et surtout bon week-end,

    Reply
  5. Sylvain

    Pour rebondir directement sur ce que tu dis Simon, je suis d’accord avec ton analyse mais je suis aussi d’accord avec la conclusion de Mathieu. Je m’explique:

    Effectivement, lors d’une première lecture, on peut trouver le discours de Mathieu un peu négatif. Mais malheureusement, je crois qu’en prenant un peu de recul on n’est pas loin de la réalité.
    (Je reste un peu plus nuancé sur la pénibilité et le stress et quelques autres petits points mais c’est presque un détail)

    Je suis d’accord, qu’en tant qu’apprenti,on ne peut pas se déclarer comme malheureux en soit et même plutôt avantagé par rapport au reste des étudiants. Mais l’apprentissage pour qu’il soit profitable à tout le monde repose sur le fait que tous les intervenants doivent jouer le jeu et être impliqués dans le bon déroulement du la formation. Et c’est là que les différences entre les apprentis se creusent (temps de travail, rémunération, logement, finance, résultats scolaires, etc..) comme l’a détaillé Mathieu. Je rappelle que le contrat d’apprentissage est conclu entre l’apprenti, l’entreprise et le CFA (pour nous, TELECOM Lille1 par délégation du CFA) et que l’apprenti ne doit pas se sentir “prisonnier” de son entreprise.

    On a tous conscience que l’apprentissage se développe beaucoup en France et surtout dans les études supérieures.
    Les entreprises l’ont évidemment bien compris et accueillent de plus en plus d’apprentis. Mais parfois (et malheureusement de plus en plus souvent) la démarche n’est pas innocente et l’aspect “formation d’une personne” dans un milieu professionnel(qui profite aussi à l’entreprise et c’est bien normal) peut être remplacée par une démarche de rentabilité pure (un apprenti étant évidemment très rentable)

    Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais en 2005, les stagiaires avaient manifesté pour dénoncer leur statut précaire et malléable, “main d’oeuvre jetable” et surtout la quasi impossibilité de trouver un emploi en sortie d’école sans passer par d’innombrables stages. Les stagiaires devenant dans certains cas la main d’oeuvre de l’entreprise et donc rendant la création de poste en CDD/CDI inutiles.
    Il est vrai que les écoles se doivent de surveiller les étudiants dans leurs entreprises pour éviter ces dérives. Mais dans la pratique on constate que c’est beaucoup plus compliqué. L’école ne suit pas forcement assez et l’étudiant ne vas oser ou vouloir faire changer les choses au niveau de son entreprise.

    Évidemment et fort heureusement on en est pas là au niveau des apprentis! Entre autre, l’aspect “jetable” est beaucoup moins envisageable. Mais il faut, je pense rester vigilant dans les années à venir.

    Dans son discours de politique générale à l’assemblée nationale, F. Fillon a prôné avant-hier le développement de l’apprentissage en particulier dans l’enseignement supérieur. Une très bonne chose! Mais je ne suis pas persuadé que vu la conjoncture économique actuelle, la volonté de développement ne soit qu’une volonté d’amélioration de la formation des jeunes.
    l’embauche d’apprentis ne peut pas être considéré par une entreprise comme une solution de main d’œuvre à long terme. Même deux demi poste d’apprentis ne peuvent pas être considérés comme un poste classique d’ingénieur. Car si on part de ce principe : Où est le poste d’ingénieur disponible à la sortie ? Tout dépend évidemment de la proportion entre les deux types de postes. Il n’est pas dérangeant d’avoir des postes réservés aux apprentis à partir du moment où ne bloquent pas le recrutement traditionnel.

    Donc effectivement, je suis d’accord pour dire que l’apprentissage ne résout pas le chômage des jeunes et qu’il ne faudrait pas qu’il serve à “cacher” le chômage et encore moins empêcher la création d’emplois.

    En tout cas, je vois que pas mal de monde s’intéresse au “fond” de notre type de formation et je trouve ça plutôt pas mal.

    Pour info, j’étais l’an passé responsable de la filière apprentissage au sein du BNEI (Bureau National des Elèves Ingénieurs, qui fédère les associations étudiantes des différentes écoles d’ingénieurs en France). J’ai commencé à cette occasion une réflexion et étude sur l’avenir de la formation par apprentissage dans les études supérieures. Cette étude est encore en cours et je continue d’y participer.Cette étude a pour but de formuler des propositions d’améliorations qui seront étudiés lors de prochaines réunions des différents conseils nationaux (CTI, CGE, CDEFI, Commission ministérielles et interministérielles, etc..) (je vous laisse regarder les sigles sur le net 😉 )

    Petit mot de la fin. Je ne suis absolument pas mécontent, au contraire, d’avoir suivi une formation par apprentissage, surtout lorsqu’on la compare à une formation “classique”!

    Bonne soirée à toutes et à tous et bon WE!

    Reply

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